L’ÉGLISE SAINT-PHILIPPE-DU-ROULE

Pour suivre les travaux d’envergure sur la toiture et la voûte de l’église, cliquer ici.

Façade et vestibules

La façade de l’église fait clairement apparaître que la construction de Saint-Philippe marque  un tournant d’importance dans l’histoire de l’architecture religieuse de Paris. Les marches, le  portique avec ses quatre colonnes doriques, l’entablement avec sa frise et le fronton triangulaire font surgir dans l’esprit de chacun l’image d’un temple antique. L’église dessinée par Chalgrin est  en effet la première église parisienne inspirée de l’antiquité gréco-romaine ;  elle est représentative du style  néoclassique qui apparaît dans la deuxième moitié du XVIIIe  en lien avec les fouilles d’Herculanum et qui restera le style à la mode dans l’architecture civile et religieuse jusqu’au milieu du XIXe siècle.  Saint-Philippe servira de modèle à d’autres églises parisiennes du XIXe siècle : Saint-Pierre du Gros-Caillou,  Saint-Denis-du-Saint- Sacrement, Notre-Dame de Lorette.

La sculpture du fronton, œuvre de François-Joseph Duret (1732-1816) et l’inscription rappellent que ce monument est une église : la dame à demi allongée entourée d’anges et tenant d’une main la croix et de l’autre le calice est une allégorie de la Religion ; l’inscription : Deo Optimo Maximo sub invocatione Sancti Philippi Apostoli , à Dieu très bon et très grand sous l’invocation (la protection, le patronage) de Saint Philippe Apôtre.. précise que Saint Philippe est le patron de l’église :

Deux portes rectangulaires à fronton taluté encadrent le porche et ouvrent sur deux vestibules circulaires. Celui de gauche a conservé, jusqu’à la reforme Vatican II, les fonts baptismaux. Un vitrail représentant saint Jean Baptiste baptisant le Christ, œuvre du  maître verrier Emile Hirsch posé en 1892 l’orne toujours. Celui de droite conserve une baie du XVIIIe siècle faite de vitres en verre incolore dépoli entourées d’un filet en verre de Bohême ; les six baies des bas-côtés étaient équipées de verrière de ce type.

L’église de Chalgrin 

De l’église Saint-Philippe telle qu’elle se présentait au XVIIIe siècle, subsistent  la nef de sept travées et ses deux bas-côtés, séparés par des colonnes ioniques qui soutiennent la voûte en berceau cintré décorée de caissons qui couvre l’édifice. A cette date l’église construite selon les canons néo-classique est rectangulaire ; son plan reprend celui des basiliques romaines, bâtiments rectangulaires servant de salle de réunion et de tribunal sous l’Empire romain et dans lesquelles les premiers chrétiens célébraient les offices ; lorsque ceux-ci ont construit de nouveaux lieux de culte, ils ont tout naturellement repris ce plan rectangulaire.

Au fond, donc, un mur plein décoré de  pilastres (colonnes encastrées dans le mur) et de niches avec des statues, constituait l’abside de l’église, deux chapelles encadrant le chœur terminaient les bas-côtés. La voûte n’est percée d’aucune ouverture. L’église est éclairée par des verrières, situées à l’emplacement des actuels vitraux des bas-côtés, comparables à celui du vestibule de gauche.

Une transformation cependant  par rapport aux basiliques paléo-chrétiennes : le plafond de l’église de Chalgrin est voûté au lieu d’être plat. Cette voûte est d’ailleurs d’une construction particulière : elle n’est pas en maçonnerie, ce qui aurait été trop lourd pour l’édifice ; Chalgrin a utilisé un système inventé par Philibert Delorme : la voûte est en charpente légère, recouverte d’un enduit décoré de caissons ; à l’intérieur des caissons, un décor de fleurs dorées ; des rosaces en relief peintes en dorées s’intercalent entre les caissons.

L’abside est couverte d’un « cul-de-four » (voûte en quart de sphère), décoré de caissons à l’image de la voûte, celui où a été peinte depuis la « fresque » de Chassériau.

L’orgue

Lorsque l’église est achevée, en 1784, elle ne possède pas encore de grand orgue. Celui-ci a été installé quinze ans plus tard. 

En 1791, quand l’église du couvent des Jacobins de la rue Saint-Honoré est désaffectée,  l’administration départementale dispose de l’instrument qui s’y trouve. Un des vicaires de Saint-Philippe, Laurent Fernbach, ancien dominicain de ce couvent, et futur curé de la paroisse, obtient qu’il soit attribué à son église et que le transfert soit à la charge du département.

Des ordres sont donnés au facteur Somer pour transporter l’orgue des Jacobins dans l’église Saint-Philippe. Les travaux de construction de la tribune entrepris d’après les plans et sur les ordres de Chalgrin débutent : quatre colonnes de style ionique-le style des colonnes de l’intérieur de l’église- soutiennent la tribune d’orgue et font parallèle avec les colonnes du portique.  Les travaux traînèrent en longueur. Il faut attendre 1799 avant que l’instrument puisse être en état de servir.

De cet instrument, l’orgue de l’église actuelle ne compte que les quelques tuyaux qui forment le positif. Celui-ci est un Cavaillé-Coll installé en 1903 et remanié à plusieurs reprises. Les derniers travaux  se sont achevés en 2021 : toute la tuyauterie des  claviers du grande orgue, positif et pédale, démontée et emportée dans l’atelier du facteur Jean-Baptiste Gaupillat a fait l’objet d’un dépoussiérage généralisé avant réinstallation.

Les transformations d’Hyppolyte  Godde

Au fil des années, l’église est devenue trop petite pour ce quartier en pleine expansion.

L’abbé Aussoure, curé de la paroisse de 1842 à 1856 obtient de la mairie de Paris que l’église soit agrandie. C’est Hippolyte Godde, architecte en chef de la ville de Paris chargé des églises et  élève de Chalgrin, qui va réaliser la transformation. Les travaux commencent en 1843 et s’achèvent en 1847. Godde fait démolir le mur du chœur, aménager le déambulatoire qui ouvre sur la chapelle de la Vierge et dont les colonnes se marient harmonieusement à celles de Chalgrin, remanier  les chapelles latérales. Pour terminer l’aménagement, des boiseries sont placés tout autour du chœur ;  pour remplacer le maître-autel détruit pendant la Révolution, un nouveau maître autel très haut est placé dans le chœur. Cet autel, vous pouvez l’admirer aujourd’hui dans la chapelle de la Vierge

Les chapelles latérales

Les deux chapelles encadrant le chœur dans l’église de Chalgrin sont transformées en chapelles latérales. Celle de gauche est dédiée à la Sainte-Croix : le  vitrail représente Jésus en croix entre Marie et Jean ;  celle de droite est dédiée au Sacré Cœur : le vitrail  représente l’apparition de Jésus montrant son cœur à la Bienheureuse Marguerite Marie Alacoque, en religion sœur Marguerite ; cette apparition eut lieu à la fin du XVIIe siècle. Les deux vitraux, comme les plafonds en vitraux peints présents dans chacune des chapelles, sont du maître verrier Emile Hirsch

La chapelle de la Vierge

En 1847, la nouvelle chapelle est ouverte à la célébration des offices. 

Entre 1858 et 1860, la chapelle est ornée de peintures. La direction générale des travaux fut confiée à Baltard, la décoration au peintre Claudius Jacquand (1803-1878) un peintre peu connu aujourd’hui, loué par les uns, décriés par les autres.

La voûte  sur fond d’or et peintures polychromes représente le couronnement de la Vierge Marie au paradis par la Sainte-trinité. Saint Philippe et saint Jacques sont présentés à genoux de chaque côté de la Vierge. Même si celui-ci n’est relaté dans aucun texte canonique, le couronnement de Marie est représenté  dès le XIIe siècle à Notre-Dame de Paris.

Les peintures murales sont des peintures sur toile marouflée au mur.  Elles associent, deux par deux et de part et d’autre d’une corniche qui les sépare un des symboles mariaux, tiré des Litanies à Marie et porté par un ange, –compartiment supérieur- et, pour huit sur dix d’entre elles, un épisode de la vie de la Vierge -compartiment inférieur- .

En partant de la gauche de l’autel, et en tournant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre se trouvent successivement :

  1. Dans le registre supérieur Marie, Porte du Ciel associée au registre inférieur à Sainte Anne instruisant la Vierge
    En-dessous l’inscription : « Je la bénirai et d’elle je vous donnerai un fils que je bénirai » Genèse 17, 16 Dieu s’adresse à Abraham et lui promet de bénir sa femme Sara qui était stérile
  2. Dans le registre supérieur Marie, Rose mystérieuse associée au registre inférieur à La Visitation.
    En-dessous l’inscription : «  D’où me vient le bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » Luc 1, 43
  3. Dans le registre supérieur Marie, maison Dorée  associée au registre inférieur à La Sainte Famille.
    En-dessous l’inscription : « L’enfant croissait en sagesse, en âge et en grâce »  Luc 2, 40
  4. Dans le registre supérieur Marie, Miroir de Justice  associée au registre inférieur à Jésus retrouvé dans le Temple
    En-dessous l’inscription : « J’ai trouvé le bien-aimé de mon âme, je l’ai trouvé et je ne le quitte plus »  Cantique, 3,4
  5. Dans le registre supérieur Marie, Ange de consolation  associée au registre inférieur Marie, Consolatrice des Affligés
    En-dessous l’inscription : « Je suis la mère du pur amour et de la Sainte espérance » Ecclésiastique, XXIV, 24
  6. Dans le registre supérieur Marie, l’Ange du repentir associée au registre inférieur à  Marie Refuge des pécheurs
    En-dessous de l’invocation : « Ayez pitié de moi Seigneur, car mon âme met en vous sa confiance »  PS 46, 1
  7. Dans le registre supérieur Marie, Etoile du matin, associée au registre inférieur à La Fuite en Egypte
    En-dessous l’inscription : « un ange du Seigneur apparut à Joseph et lui dit prends l’enfant et Marie sa mère et fuit en Egypte » Mat, 2, 13
    La présence de la barque rappelle que Joseph, Marie et Jésus auraient, lors de la Fuite en Egypte, descendu le Nil en barque depuis Maadi, un des faubourgs du Caire jusqu’à Al Qusia, village situé à environ 330 km du Caire avant de s’installer à l’endroit où se trouve le monastère copte-orthodoxe de Deir al Moharraq.
  8. Dans le registre supérieur Marie, Arche d’Alliance associée au registre inférieur à la Séparation de Jésus et Marie, lorsque celui-ci commence sa vie publique. Cette épisode n’est raconté dans aucun des évangiles
    En-dessous l’inscription : « Ne savez-vous pas que je suis occupé de ce qui regarde mon père ? »  Luc 2, 49
  9. Dans le registre supérieur Marie, Ange de l’espérance associée au registre inférieur à Marie au pied de la Croix
    En-dessous l’inscription : « Ö vous tous qui passez, regardez et voyez s’il est une douleur comme ma douleur » Lamentations, 1, 12
  10. Dans le registre supérieur Marie, Secours des infirmes associée au registre inférieur  à la Mort de la Vierge.
    En-dessous cette inscription : « Jésus Christ est ma vie et mourir est un bien. » Lettres au Philippiens , 1,21

Tout est terminé en janvier 1860. La chapelle  est dédiée à Marie, sous le vocable de Notre-Dame de Toutes Grâces. En décembre 1864 la statue de Notre Dame de Toutes Grâces est placée dans la niche. Elle est l’œuvre du sculpteur Nanteuil, qui l’aurait réalisée d’après un dessin de Rude.

La rosace de la chapelle est due à Emile Hirsch. Au centre de cette rosace aux couleurs lumineuses, un S et un M enlacés, Sancta Maria, rappelle la dédicace de la chapelle à Marie. Le décor de la rosace,  qui reprend les litanies à Marie était prévu pour s’harmoniser avec les peintures de Jacquand.

La chapelle des catéchismes ou chapelle Baltard

Vu l’augmentation importante des enfants fréquentant les cours de catéchismes, une nouvelle chapelle des catéchismes est construite par Victor Baltard, en 1852.celui-là même qui cinq ans plus tard construira les Halles de Paris.

Il s’agit d’une chapelle perpendiculaire au corps principal et rattachée à l’église seulement par sa partie antérieure. L’intérieur est inspiré de l’architecture romane.

Trois vitraux décorent le chœur de la chapelle : Jésus, à sa gauche Marie et à sa droite Saint Jean. Dessinés par Baltard,  ils ont été réalisés par le maître verrier Gallimard et Lusson.

Les transformations du XXe siècle

La surélévation du chœur, l’installation de l’autel ainsi que celle du baptistère placé derrière ont été effectuées après la réforme liturgique de Vatican II sous l’impulsion de l’abbé Thibout (1967). L’un et l’autre sont en pierre polie et l’œuvre de l’architecte Paul Picot. L’ambon duquel est lue la Parole de Dieu date lui aussi de cette époque.

A l’instigation Père Gonzague Châtillon, curé de la paroisse de 1991 à 2000,  il est décidé d’installer un nouvel autel et un nouvel ambon  dans la chapelle de la Vierge. Après consultation des paroissiens, le choix s’est porté sur le projet d’Elisabeth Garouste et  Mattia Bonetti : placé sur un emmarchement arrondi, l’autel, légèrement incurvé est en pierre lisse et bouchardée avec, sur le pourtour des stries dorées. Il est consacré le 13 juin 2000.

Les vitraux

Les années 1830  sont celles de la redécouverte des œuvres littéraires et artistiques du Moyen Age.  En remettant les cathédrales au goût du jour, Victor Hugo et Michelet amènent à s’interroger sur le trésor inestimable que sont les vitraux et sur les techniques qui leur ont donné le jour. L’église Saint-Philippe s’inscrit dans le courant des églises parisiennes qui remplacent leurs verrières en vitre blanche par des vitraux. Les six ouvertures des bas-côtés sont  munies de vitraux et  présentent des épisodes de la vie de Saint Jacques et Saint Philippe. 

  • A droite,  des scènes de la vie de Jacques le Mineur, dit aussi frère du Seigneur (Paul, Epître aux Galates, 1,19) que l’épître aux Corinthiens (1, 15-7) présente comme ayant eu une apparition personnelle du Christ ressuscité.
    • son ordination épiscopale, même si le terme n’existait pas encore, à laquelle procède Saint Jean et Saint Pierre, qui rappelle qu’il est connu comme le premier évêque de Jérusalem.
    • « La prédication de St Jacques lors du 1er concile de Jérusalem. » illustre un des passages des Actes des Apôtres (15, 13-23) qui insiste sur le rôle déterminant de celui-ci dans la décision prise, lors du concile de Jérusalem de 48 de ne pas demander aux  païens qui désirent devenir chrétiens de passer par les coutumes juives et en particulier par la circoncision
    • le martyre de saint Jacques rappelle qu’il aurait été précipité du haut de la terrasse du temple dans la vallée du Cédron puis lapidé avant d’avoir le crâne fracassé par le coup de bâton donné par un foulon.
  • A gauche des scènes de la vie de Saint Philippe Apôtre :
    • l’appel que Jésus, selon l’évangéliste Jean (1,43) adresse à Philippe au lendemain de ceux lancés à André et à son frère Simon-Pierre : « Suis-moi »
    • la multiplication des pains : un enfant présentant à Jésus  ses cinq pains d’orge et ses deux poissons, rappelle que,  selon l’évangile de Jean (6,5) c’est à lui que Jésus s’adresse avant la multiplication des pains.
    • le martyre s’appuie sur la tradition qui veut qu’il ait été crucifié à Hiérapolis non loin d’Ephèse après avoir évangélisé la Phrygie. Il aurait été crucifié à un arbre, la tête en bas.

Ces très beaux vitraux, sont dus au maître verrier Emile Hirsch (1832-1904) qui se forma sous la direction d’Eugène Delacroix. Ceux-ci ont été conçus dans le style de l’église avec colonne, balustrade, fond bleu et entourage or. Ils ont été posés en 1886-1887.

Un an plus tôt deux vitraux avaient été posés en haut du chœur il s’agissait de Saint Philippe et Saint Jacques.

En 1895, des baies sont percées dans la voûte à caisson. Les  cartons de ces vitraux sont l’œuvre du peintre Albert Maignan (1844-1908) qui a entre autres réalisé  les fresques du restaurant le Train Bleu à la Gare de Lyon. La réalisation des vitraux est due à l’atelier  de Champigneulle.

Face à la montée de l’anticléricalisme, il faut renouer avec le culte de ceux qui ont contribué à faire triompher le développement du catholicisme en France et affirmer les origines chrétiennes de la nation. C’est pourquoi les saints suivants sont choisis.

  • Saint Denis,  patron de Paris premier évêque de la capitale de la France. Il meurt décapité vers 250 ou 270 et est enseveli là où s’élève la basilique de Saint Denis. Selon l’iconographie habituelle, et en souvenir de sa décapitation, qui selon les versions aurait eu lieu à Montmartre ou à Saint Denis, qui ne portait pas encore ce nom, tient sa tête dans sa main.
  • Sainte Geneviève (420-510), la petite bergère de Nanterre qui défendit vaillamment, tant par ses actions que par sa prière Paris contre Attila  et devint la patronne451et qui fut l’amie de Clovis et de Clotilde. Elle fut enterrée sur la colline qui porte son nom + Panthéon
  • Sainte Clotilde (475-545),  elle apparaît dans tous les récits qui relatent la conversion de son mari Clovis, roi des Francs. En 496, lors de la bataille de Tolbiac contre les Alamans, Clovis demande l’aide du « Dieu de Clotilde ». Après la victoire, il demande le baptême avec toute son armée. C’est ainsi que la France devint chrétienne. La croix qu’elle tient dans sa main symbolise ce Dieu qui sauve. Demeurée seule, elle se retire à Tours auprès du tombeau de St Martin.
  • Saint-Louis (1214-1270) modèle de justice et de charité mais aussi de piété, : la couronne d’épines qu’il porte dans ses mains rappelle qu’il acheta en 1239 le cercle de joncs sur lequel reposait la couronne d’épines portée par Jésus et que pour abriter celles-ci il fit construire la Sainte-Chapelle.
  • Saint François de Sales (1567-1622) évêque de Genève et docteur de l’église. Il est l’apôtre de la contre-réforme en Savoie et permet à la religion catholique de triompher face au protestantisme. Il est l’auteur de deux livres : Introduction à la Vie dévote, dans laquelle il met la vie spirituelle à la portée des laïcs et le traité de l’Amour de Dieu. Représenté devant pupitre avec l’un de ses écrits.
  • Saint Vincent de Paul (1581-1660) ami et confident du premier.  Sa charité pour les oubliés de la société, son humilité et sa douceur ont frappé ses contemporains. Il fonde  la Congrégation de la Mission (Lazaristes) pour évangéliser les campagnes et former les prêtres puis, avec  sainte Louise de Marillac, la Compagnie des Filles de la Charité. Son souci des enfants abandonnés et son rôle d’aumônier des galères sont représentés sur ce vitrail.

Les saints qui nous ont précédés

Parmi  les personnes qui nous ont précédés dans cette communauté paroissiale, deux sont restées célèbres pour leur sainteté ; deux plaques apposées sur les piliers de part et d’autre du chœur  en font mémoire. 

D’une part le bienheureux Pierre de Turmenyes. Ce prêtre  a été pendant sept ans vicaire à Saint Philippe (1770-1774) avant, comme la plaque l’indique, de devenir grand maître, c’est-à-dire directeur du collège de Navarre Il a été mis à mort le 2 septembre 1792 pour avoir refusé de prêter serment à la Constitution Civile de Clergé qui soumettait le clergé au pouvoir des révolutionnaires. Avec lui cent quatre-vingt-dix autres personnes exécutées comme ennemis de la Patrie parce que revendiquant leur appartenance à l’Eglise catholique, apostolique et romaine. Béatifiés en 1926, ces religieux et ces laïcs qui ont donné leur vie pour nous permettre de pratiquer notre foi, sont fêtés le 2 septembre sous le nom de Bienheureux martyrs de Septembre.

D’autre part, la vicomtesse de Jorbalan. Fille d’une noble famille espagnole, Marie Michelle reçoit une éducation très poussée chez les Ursulines de Pau.  Après plusieurs drames familiaux, elle partage la vie de son  frère aîné.  Lorsque celui-ci se rend à Paris, elle   l’accompagne et doit accepter une vie mondaine ; néanmoins, elle passe tout son temps disponible en œuvres caritatives et ne manque jamais la messe quotidienne. Elle fréquente Saint-Philippe, participe à la fondation de la crèche paroissiale et offre à l’église le chemin de croix qui orne les murs
De  retour en Espagne, elle consacre son existence à aider les femmes de la rue. Elle crée des asiles  pour les accueillir.  Bien vite, elle se rend compte que  cette œuvre doit être rattachée à l’Eucharistie. En 1848, elle fonde l’Institut des Servantes du Saint-Sacrement et de la Charité,  Elle meurt à Valence, le 24 août 1865 du choléra qu’elle avait contracté au chevet des malades. Canonisée par Pie XI en 1934, elle est fêtée le 24 août

La « fresque » de Chassériau

L’utilisation du nom fresque est impropre puisqu’il s’agit ici d’une peinture à l’huile sur enduit. Ce nom s’est imposé à cause de la taille de la composition.

En transformant l’église, H. Godde a supprimé le décor en caissons de la voûte en cul-de-four.   Il est décidé que cet emplacement recevra une décoration peinte. C’est à Théodore Chassériau, qui a déjà fait ses preuves puisqu’il a décoré en 1843 la chapelle de sainte Marie l’Egyptienne à Saint Merry  et débute les fonds baptismaux de l’église Saint-Roch que le 26 juin 1852, le directeur des Beaux-Arts  octroie le travail. Dans la lettre qu’il lui adresse, il précise que « ces peintures devront représenter le Christ descendu de la Croix et que [Chassériau] aur[a] à [lui] en soumettre les esquisses »

Le chantier s’annonce difficile. Comment concilier cet espace tellement longiligne (21,40 m ) et si peu élevé (5,20 m) avec le sujet proposé ? 

Chassériau choisit une scène intermédiaire entre la descente de croix et la Pieta,  le moment où le Christ,  détaché de la croix va être remis à Marie sa mère.  Il peut ainsi ne représenter que le bas de la croix et les pieds des larrons. Ensuite, il  adjoint deux scènes de part et d’autre du sujet principal et fait converger vers le Christ l’ensemble de la composition.

  • Au centre du groupe  Jésus, soutenu par le bras puissant de Joseph d’Arimathie. Cet  « homme droit et juste » qui, comme le précise Luc, « n’a pas donné son assentiment à l’acte des autres »  a obtenu de Pilate le droit de récupérer le corps de Jésus. Celui-ci  s’apprête à glisser doucement vers sa mère qui cherche à échanger avec lui  un ultime regard et dont les bras tendus en un geste d’accueil et d’amour s’ouvre vers ce fils adoré comme en témoigne le bras du Christ glissé entre les deux bras de Marie A gauche du Christ, Saint Jean, le disciple préféré soutient  son maître et tient un coin du linceul.  Au pied de l’échelle et donc aux pieds du Christ, Marie-Madeleine. Elle est représentée appuyée sur ses cheveux car l’iconographie l’a assimilée à la  femme qui lors du repas chez le pharisien Simon (Luc, 7, 36-50) arrose les pieds du maître de ses larmes,  les essuie de ses cheveux et les couvre de parfum. A droite de la Vierge, l’autre Marie dans une robe dont la couleur rouge fait écho à celle de Marie-Madeleine. A droite des deux Marie,  des femmes dont les gestes et les visages évoquent la souffrance et la douleur, sont les « femmes qui accompagnaient [le Christ] depuis la Galilée » (Luc, 23, 49)  Nimbé de son auréole, le corps baigné de la lumière du soir, les jambes prises dans le linceul blanc dont une partie est encore attachée à l’échelle qui a servi  au déclouement , Jésus, placé sur la robe rouge de Joseph d’Arimathie et entouré de bleu et de rouge sombre  apparaît unique source de lumière au milieu du ciel sombre, presque noir symbole de l’obscurité qui se fit sur la terre au moment de sa mort. Cela ne peut pas à mon sens ne pas rappeler l’épisode de la Transfiguration, qui en présentant Jésus dans sa gloire, préfigure sa  résurrection. Chassériau  permet de contempler ici, indissolublement uni, le mystère de la mort et de la résurrection du Christ, fondement de la foi chrétienne. Au centre du tableau en rappel de la crucifixion une éponge, un plat et les clous qui viennent d’être enlevés des membres du sauveur.

Les deux tableaux qui encadrent cette scène  renvoient à d’autres moments de la Passion du Christ et font mémoire de son long cheminement de souffrance. Comme le groupe central, ils sont construits sur une alternance de rouge et de bleu. 

  • A droite de la croix, le groupe des Romains. Un soldat romain brandit la tunique du Christ teintée ici du rouge de son  sang ; aux pieds de celui-ci d’autres soldats  jouent aux dés, rappelant l’épisode rapporté par les quatre évangélistes au cours duquel les soldats romains tirent au sort la tunique sans couture du Christ ; le morceau d’étoffe rouge  à terre est pour moi le manteau de pourpre dont les soldats romains  vêtir  Jésus au moment où ils le couronnèrent d’épines et le flagellèrent.
  • A gauche, le groupe des Juifs.  Le centurion, placé du côté des Juifs,  fait le lien entre les Romains auxquels il appartient et les Juifs auprès desquels il est placé.  Ce centurion est celui qui de sa lance a percé le côté de Jésus, duquel jaillit le sang et l’eau (Jean, 19,34) et celui qui s’est écrié « vraiment celui-là était le fils de Dieu » (Mat, 27,34) De cet ensemble se détachent également plusieurs moments de la passion du Christ.  Portant turbans, signes de leur appartenance à un rang élevé de la société, les grands prêtres, les anciens et les scribes membres du Sanhédrin, les premiers devant lesquels comparaît Jésus après son arrestation. Derrière eux, une multitude de têtes formant un ensemble assez confus : la foule des Juifs qui demandent la libération de Barabas aux dépends de celle de Jésus, puis  réclame sa crucifixion. Au premier plan, un homme le bras levé en direction du Christ : sans doute la traduction pictographique des Juifs qui raillent et outragent Jésus  cloué à la croix.

Au premier plan, une enfant lapide le Christ. Rappel de la femme adultère ? Au milieu de cette foule, un personnage différent : le  vieillard à la  barbe blanche et portant un capuchon blanc  qui semble vouloir s’échapper de cette masse hurlante. Sans doute Nicodème, ce notable pharisien membre du Sanhédrin, ébranlé par les miracles de Jésus dont nous parle l’évangéliste Jean.

 Devant le centurion et sa lance qui fait le lien entre Romains et Juifs, une femme dont le bras dans un geste modérateur veut arrêter ce débordement de violence fait le lien entre la descente de croix et le groupe des Juifs.

Certes, Chassériau ne se réclamait pas ouvertement de la foi catholique. Son œuvre témoigne cependant d’une grande spiritualité personnelle et nous touche d’autant plus qu’il devait mourir à 37 ans, un an après l’avoir achevée.

Un patrimoine historique à sauver

L’église St Philippe du Roule, oeuvre remarquable et emblématique de l’architecte Chalgrin (le concepteur de l’Arc de Triomphe) tombait en ruine. Dans les années 2000, chaque grosse pluie déclenchait des fuites graves dans la toiture. On sortait les seaux, on ramassait les éléments tombés, on changeait les ampoules explosées et l’on ne pouvait que constater des dégâts toujours plus graves sur les peintures et les plafonds… 

En 2012, la Ville de Paris a mis en place un échafaudage-parapluie afin de protéger l’église. Cet échafaudage était conçu également pour permettre les travaux de restauration de la toiture, enfin commencés le 17 septembre 2018.

Les études confirmaient la nécessité de restaurer la couverture en ardoises, les charpentes bois, la voûte à caissons en bois ainsi que les parties hautes des maçonneries. Charpentiers, couvreurs, menuisiers, maçons, restaurateurs de vitraux et de décors peints, ferronniers, sont mobilisés autour de ce chantier monumental.

Coût de l’opération : 8 millions d’euros. Le chantier s’est déroulé en trois phases : 

  • Phase 1 – 2018-2019 : restauration de la couverture du choeur et de la chapelle de la vierge
  • Phase 2 – 2019-2020 : restauration de la toiture de la nef nord et de la jonction avec la chapelle des catéchismes
  • Phase 3 – 2020-2021 : restauration de la toiture de la nef sud, du massif de la façade méridionale

En novembre 2021, nous touchons au but de cette tranche de travaux très importants. L’échafaudage-parapluie devrait disparaître vers le mois de mars 2022.

Campagne de dons pour sauver les verrières de l’église Saint-Philippe-du-Roule

La Banque Transatlantique et le Fonds de Dotation Transatlantique ont décidé de s’associer à la Ville de Paris par une opération de mécénat d’une durée de trois ans, visant à financer la restauration des verrières de l’église, afin d’affirmer leur volonté de soutenir la préservation du patrimoine français et sa transmission aux générations futures. Le Fonds de Dotation Transatlantique lance a donc une campagne de collecte pour restaurer ce joyau de l’architecture néo-classique et la Banque Transatlantique abondera tous les dons collectés en ligne auprès du public.

Découvrir & visiter

St Philippe est donc bien plus qu’un simple bâtiment dont l’histoire est ancrée dans le temps. C’est l’esprit de foi qui donne sens à sa réalisation matérielle. Les différentes étapes de sa construction et de ses aménagements sont le symbole de l’Eglise-assemblée, mémoire d’une foi en Dieu, reçue des générations précédentes et que nous devons transmettre aux générations suivantes. Que ce passé si présent nous incite à être des témoins de la foi dans la société d’aujourd’hui.